Mon Père, Socrate FABIANI, chauffeur de taxi, à Hussein-Dey...

Mon père est né le 19 novembre 1906, à Collo (Constantinois) au sein d’une famille de six enfants.

Ses parents, Toussainte et Jean-Baptiste (garde forestier) avaient quitté leur Corse natale pour élever honorablement leur petite famille.
Les années passèrent tranquillement, rythmées par la vie en forêt et les vacances en Corse.
Cependant, au fil du temps, ma grand-mère Toussainte décida de se rapprocher d’Alger pour faciliter les études de ses enfants ainsi que leur insertion professionnelle. Elle laissa donc son mari à Djidjelli et atterrit à Hussein-Dey.

Très vite mon père trouva du travail comme chauffeur de camion chez SHELL (route moutonnière).
Désirant s’établir à son compte, il demanda à la famille DIMECH, qui habitait Lafarge, de l’aider à acheter un véhicule (Citroën B14 1930). Les remboursements se feront au fur et à mesure des courses qu’il réalise en compagnie du jeune DIMECH (enfant handicapé)
.
Mon père stationnait à cette époque, place de la Saint Jean, à côté du café MATHIEU, dont le patron était le père de l’abbé SCOTTO.
Là, il passa quelques années merveilleuses en compagnie de TROMBANA, BELKACEM (dit BONBON ROSE), MADANI et bien d’autres encore…
En 1931, fort de sa situation, il vint en Corse afin d’épouser une jeune femme de son village natal, Madeleine ALBERTINI.

A cette époque mes parents habitaient la maison d’AMELIO et c’est là que je vis le jour en 1932.
En 1939 SOCRATE fut mobilisé quatre ans. A son retour, ne pouvant avoir de carburant, il prit, en compagnie de son ami ENGEL, la gérance de la brasserie le « TOURBILLON » puis celle des « ANTIBILLEUX ».

Les apéritifs sympathiques et les soirées les plus folles s’organisaient chaque jour dans une bonne ambiance. Le « whisky Hussein-Déen », mélange de plusieurs alcools, était particulièrement apprécié des marins américains du bateau échoué.

La situation économique se rétablissant, mon père acheta en 1946, une licence de taxi pour Alger et stationnait habituellement rampe Bugeaud, face à l’hôtel ALETTI.
Ce fut, sans doute, la période de sa vie professionnelle la plus heureuse. Les samedi étaient consacrés aux mariages (Hussein-Dey, Kouba, Alger…).
Très tôt le matin il préparait la voiture des mariés avec le plus grand sérieux afin de rendre la cérémonie fastueuse.

Etant entreprenant, sérieux et bon vivant, c’est tout naturellement qu’il fut élu, pendant de nombreuses années, vice-président du syndicat de la place des taxis.

Mais une ombre vint ternir cette vie de bonheur, le départ de notre terre natale. Mes parents retrouvèrent leur ville d’origine, CORTE en haute Corse.

Mon père nous quitta à Noël 1973 en gardant la nostalgie de l’Algérie où il a vécu heureux et libre durant plus de cinquante ans.

Jean FABIANI