Un Alsacien

Après la défaite française de 1870 et l'annexion de l'Alsace-Lorraine dans l'Empire Allemand, on fait d'abord appel aux Alsaciens qui désirent rester Français et auxquels le gouvernement a promis dès mars 1870, 100.000 hectares de bonnes terres.

On installe 1200 familles d'Alsace et du pays de Metz. (Document extrait du mémoire" La colonie du cap et l'Algérie" écrit par Anne SANCHIS.
C'est en 1920 qu'il découvre l'Algérie à l'occasion de son service militaire.
La France souffre terriblement de la guerre 14/18, elle est en crise avant la dépression économique mondiale, les séquelles du conflit sont multiples : déficit démographique, destructions matérielles, endettement de l'état, agitation sociale.
Les conséquences démographiques contraignent la France à recourir massivement aux travailleurs étrangers, et principalement des Espagnols, des Italiens mais aussi d'autres communautés comme des Maltais, des Mahonnais (Minorque aux Baléares).
Comme beaucoup, la raison principale de cette expatriation en Algérie était d'être assuré de trouver un emploi.

Son métier était fumiste, il construisait et réparait les fours de boulangers. Il a aussi construit deux cheminées de briqueterie dont l'une était au village de Baraki, et l'autre au Gué de Constantine.
Un métier très difficile et fatiguant car la réparation d'un four consistait à remplacer les briques réfractaires à l'intérieur du four encore chaud et à refaire la voûte. L'on peut imaginer de rentrer dans un four chaud et dans une hauteur ne dépassant pas 50cm. Il restait un maximum de 5 mn à l'intérieur et faisait un roulement avec son manoeuvre Mokthar..

C'était un travail de forçat et très peu de monde exerçait ce métier en Algérie.

Ce qui m'a amené à lui rendre hommage, ce n'est pas seulement le fait d'avoir exercé un métier difficile, car il devait y en avoir d'autres aussi, mais parce qu'il l'a exercé jusqu'en 1961, dans presque toute l'Algérie, et dans des conditions très difficiles. Il a été certainement une des personnes ayant connu le mieux l'Algérie et dans des régions les plus isolées de l'Algérie comme la Kabylie qu'il a très bien connue sans parler des Aurès, du Constantinois, ou du Sahara.
De ce fait, il était très souvent en déplacement. Nous le voyons que très rarement et s'il arrivait le samedi soir, bien souvent le lundi matin il était déjà reparti.

Il a pris beaucoup de risques pendant les années de guerre, il partait quand même en déplacement, dans les bleds, et bien que les boulangers dans ces endroits étaient surtout des Algériens, il a continué à réparer leurs fours, mais sa sécurité a toujours été assurée par les Algériens eux-mêmes qui le cachaient quand le danger était trop grand pour lui.

Comme beaucoup d'hommes et de femmes de cet âge et avec beaucoup de peine il a retrouvé son Alsace natal en Juin 1962, Grendelbruch, un petit village perché près du mont Sainte-Odile et retrouvé ces hivers rigoureux, lui qui adorait tant le soleil. Il a terminé ses jours dans ce petit village Alsacien, au milieu des siens.

Voilà l'histoire de cet Alsacien qui était mon père, un de ces ouvriers qui ont oeuvré pour la prospérité de l'Algérie. Ce n'était certainement pas ces colons riches que l'on a bien voulu faire croire aux Français Métropolitains pendant la période de guerre.

C'était comme on le dit aujourd'hui, "un homme d'en bas".

Hubert DIEMER