Les chemins de fer en Algérie
chemin de fer AlgérieAu moment de la pénétration française en 1830, il n'y avait guère de ces réseaux routiers que des vestiges, et d'inqualifiables sentiers, propres aux seuls déplacements de l'homme ou de bête.
Il va s'en dire que, dès les premiers jours, l'administration militaire, puis l'administration civile se préoccupèrent de cet état des choses. En 1844 Mr de Rodon eut, l'idée de construction d'une ligne ferrée d'Alger à Blida. plus tard, un groupe de capitalistes à la tête desquels nous trouvons Lacroix, et aussi des financiers anglais et allemands, proposa la création d'une ligne de Stora à Philippeville et Constantine, avec prolongement éventuel jusqu'à Sétif d'une part, et Batna d'autre part. Par Ailleurs, Goubé s'inquiétait de différentes lignes convergeant sur Oran, Mostaganem et Tlemcen.
     Ce n'est qu'en 1854 que Warnier, Ranc, Delavigne, Mac-Carthy et Serpolet, sollicitèrent la concession d'un réseau complet comprenant les lignes Alger-Oran, Alger-Constantine-Bône-Phippeville. Une ligne Tlemcen-Mascara-Mostaganem. C'était en somme le projet des lignes actuelles. Le Général Chaubaud-Latour fut chargé d'examiner ce projet. Il avait des vues nettes et un sens pratique, l'exportation de produits vers le littoral.
      James de Rothschild se proposait d'accepter la concession du réseau entier dans le système de la loi du 11 juin 1842, c'est-à-dire à la condition que l'Etat fasse exécuter lui-même les terrassements et les ouvrages d'art et ne laisserait au concessionnaire que la seule pose des voies.
     L'Empereur Napoléon III émit à ce sujet, son avis. Il écrivit :
"Les chemins de fer algériens me semblent devoir être faits dans d'autres conditions que les chemins de fer français. Car si d'un côté, dans ma conviction profonde, les chemins de fer français sont un des instruments les plus efficaces de civilisation pour l'Algérie, de l'autre, le pays n'est pas assez avancé pour faire espérer dès aujourd'hui aux compagnies un bénéfice raisonnable".
     En fait, l'empereur envisageait la création d'un réseau partant de Tlemcen, aboutissant à Philippeville en passant par Oran Alger Constantine avec lignes perpendiculaires à la mer, en direction du sud. L'empereur songeait à l'armée pour mener à bien les travaux de terrassement, se réservant la décision pour ce qui concernait une exploitation ultérieure soit par l'état, soit par une entreprise privée.
     Cependant, idées et projets de Napoléon III ne trouvèrent pas un écho favorable au Gouvernement Général de l'Algérie, à la tête duquel se trouvait le maréchal Randon. Il y eut polémiques, discussions et Chabaud-Latour ne fut pas des moindres à se passionner dans le débat. En fin de compte, une commission constituée en 1859 par le ministre de l'Algérie et des colonies, se prononça pour la concession à une seule compagnie.
     La mise à exécution des travaux traînait en longueur, l'opinion publique s'en émut. Elle réclama ses chemins de fer avec insistance. A telle enseigne que le maréchal Vaillant jugea bon de faire adopter par l'empereur le programme d'ensemble élaboré par le général Chabaud-Latour. C'est ainsi que le 9 août 1857, parut au "Moniteur" un rapport duquel il convient d'extraire, le passage suivant :
"Parmi les parcours d'Algérie, il en est trois principaux, un par province, sur lesquels les transports en marchandises et voyageurs suffisent :
1° entre Alger, Blida et Amoura desservant les grands marchés arabes de la plaine du Chélif.
2° entre Constantine et Philippeville.
3° entre Oran et Saint-Denis-du-Sig, section qui sert à l'écoulement des riches produits des pleines du Sig, du Tlélat, et de l'Eghris".
     Ces propositions furent sanctionnées par décret du 8 avril 1857, et les travaux d'Alger à Blida commencèrent l'année suivante en utilisant la main-d'oeuvre militaire.
     Un décret du 11 juillet 1860 approuva la concession à MM. Albert Rostand des messageries impériales, Jules Gautier administrateur des chemins de fer du Dauphiné, le comte Branicki administrateur du chemin de fer d'Orléans, et H. Tope membre du parlement britannique, qui devinrent les fondateurs et administrateurs de la "Cie des chemins de fer algérien". Mais cette Cie ne put, par la suite, mener son oeuvre pour des raisons financières. Elle fusionnera avec la Cie P.L.M par un traité du 31 mars 1863 qui aura la concession des lignes Alger-Constantine Alger-Oran par Blida et Saint-Denis-du-Sig. La Cie de la méditerranée s'était engagée à construire les lignes d'Alger à Constantine et d'Alger à Oran dans un délai de dix ans.
     La première de ces lignes était livrée au trafic le 1er septembre 1870, cependant que le tronçon Alger-Blida fut ouvert en 1868. La ligne entière fut exploitée à partir de 1er mai 1871.
     Entre 1863 et 1874 une seule concession, en dehors des principales, fut accordée à la Cie Franco-algérienne, pour le tronçon Arzew-Saïda avec prolongement prévu jusqu'à Guéryville (29 avril 1874).
     En 1877 le général Chanzy, gouverneur général de l'Algérie, concluait avec la Société des Batignolles une concession des deux lignes de Duvivier à Souk-Ahras et de Guelma au Kroubs, lignes ouvertes les 29 juin 1879 et 30 juin 1881.
     D'autres concessions eurent lieu et pour mémoire :
1877 ligne Sainte-Barbe-du-Tlélat-Sidi-Bel-Abbes.
1879 lignes Constantine-Sétif, Maison-Carrée-l'Alma-Ménerville.
1888 lignes Ménerville-Tizi-Ouzou, Batna-Biskra, Beni-Mansour-Bougie,
1905 ligne Ain-Beïda-Khenchala, etc....

     Que d'exploits techniques, que de bravoures. L'Algérie était entièrement traversée par le réseau ferré.