Le Salon du rire d'Alger

CaricatureLES DIX DE LA CARICATURE

Dix jeunes étudiants décideront en 1924 de créer, Rue d'Isly, un salon de la caricature afin d'y présenter leurs oeuvres.
Caricaturistes de talent, les 10 d'Alger vont faire rire le tout Alger, puis toute l'Algérie, par les portraits, scènes et types présentés lors du salon.

Les artistes

Ainsi Boisier, Bronner, Drack-Oub, Fabiani, Frac, Herzg, Hergé, Klein, Léo, et Ski furent les premiers. Au cours des quinze autres salons, d'autres artistes viendront apporter leur talent et remplacer les défaillants.
On admira ainsi les oeuvres de Pik, Hachef, Brouty, Patrick, Bedos, Ry, Mlle Schuster (seule femme), Delbays, Bacora, Kleiss, André et Eugène Mathiot, Ona, Nobid, Gip, Jean Brune, Pierski, et Gornes. Autant d'artistes et de talent qui ont fait de la caricature en Algérie, un mouvement artistique de première grandeur. Le salon regroupait chaque année, les artistes en vogue et les plus appréciés.
Outre une richesse humoristique et picturale, incroyable, les 10 offraient une quintessence de l'esprit le plus sûr. Et ce n'est pas une mince affaire que de souligner un sourire, une grimace, une situation pour une ou deux phrases adéquates.
Ce n'est qu'en 1931 qu'Oran ouvrait le sien et la même année, Paris.
Moulhoud
Fabiani en 1924 rappela que "les dessins humoristiques savent tirer la vérité simple et vraie, celle qui est gaie, qui sourit et qui fait rire parce qu'elle se débarrasse du masque des conventions". Il est vrai que le caricaturiste pouvait être méchant, agressif et incisif. Mais le plus souvent, il réalisa ses fins en provoquant seulement le rire qui donna souvent à songer. Par une réaction naturelle, le rire pousse à réfléchir et souvent conduit le rieur à une conclusion qui peut s'appliquer à lui-même.

Le 51, de la rue d'Isly

La population algéroise était friande de spectacles qui n'engendraient point la mélancolie. Ainsi le succès du salon du rire, dépassait le cadre de la simple manifestation culturelle. L'espoir ne fut pas déçu et dépassa toutes les prévisions.
la santé bézefL'on raconte que chaque année, la salle d'expositions était envahie d'un public impatient de contempler les oeuvres de nos dessinateurs et les passants indifférents qui arpentaient la grande artère, arrivés à la hauteur du salon, étaient irrésistiblement attirés par les éclats de rire qui s'en dégageaient.
Quel contraste avec les salons des peintres classiques, où chacun semble observer un silence religieux, où l'on se communique que ses impressions à voix basse par crainte de troubler son voisin.
Chez les humoristes, pas d'intimidation, l'on se sent chez soi parmi les dessins qui vous mettent de suite à l'aise.
Le spectacle n'était pas toujours le long des panneaux, mais plutôt dans la salle, dans ces petites dames qui se poussent le coude pour s'affirmer qu'elles ont compris, dans ces graves messieurs qui plissent leurs lèvres pour laisser croire qu'ils n'ont pas compris, dans les sincères qui rient comme rient les enfants et soulignent dessins et légendes par des commentaires expansifs.
A voir l'accord bruyant et spontané avec les spectateurs et les exposants, on comprend la place très importante qui revient aux humoristes dans la société contemporaine.

Rappelons enfin cette anecdote citée en 1928 ; Coincé entre deux solides gendarmes, un condamné à mort, auquel on a fait la toilette d'usage va être conduit à la guillotine et à la question rituelle du dernier souhait à exaucer, les officiels entendirent : "Avant, dit-il, je voudrais visiter le salon du rire ..."

Micheline Boivin