La migration Mahonnaise.

Iles Baléares     Cette histoire est dédiée à tous les descendants de ces pionniers minorquins qui émigrèrent en Algérie, à partir de 1830. Par "Mahonnais", nous entendons dans leur ensemble, les émigrants de l'île de Minorque, car tel était le terme générique que leur donnaient les Français.
     Les Minorquins ont été les premiers Européens à fouler le sol barbaresque au côté de l'armée française de conquête; fait exceptionnel dans l'histoire d'une migration, le pays n'étant ni conquis, ni pacifié.
     Habitée par un peu plus de 39.000 habitants, l'île de Minorque va connaître le plus grand dépeuplement de son histoire puisque 42% de sa population va prendre le chemin de l'exode. Le phénomène du départ, pour toujours, de ces insulaires reste singulier; il ne peut être confondu avec celui des autres groupes ethniques qui ont peuplé l'Algérie.
     Il faut découvrir le port de Mahon pour mieux saisir et comprendre les raisons du choix de ce lieu par les vaisseaux de la flotte française. Ce port naturel est l'un des plus sûr - et des plus commodes - de la méditerranée. Mahon est situé à égale distance entre Toulon et Alger.
      Mahon devient lieu d'escale, base d'approvisionnement, mais aussi hôpital du corps expéditionnaire français. C'est un facteur déterminant très important pour l'émigration des mahonnais et d'autres minorquins qui saisirent à ce moment-là, la chance du passage des navires français pour trouver le chemin de l'exode vers Alger.
     L'histoire de ces "Mahonnais" qui partirent en Algérie entre 1830 et 1880 reste encore aujourd'hui assez floue et mal connue. En règle générale la migration comporte plus d'hommes que de femmes et les retours dans l'île sont fréquents. Cette migration est destinée avant tout au travail de la terre. Fin 1936 le nombre des mahonnais dépasse à lui seul le chiffre de 1600 personnes. Ni le travail, ni la terre ne sont près de leur manquer en Algérie. Cette vague migratoire est essentiellement familiale. L'accueil des familles fut généralement très chaleureux.
     De Bône à Oran les Mahonnais sont présents, mais ce sont les alentours d'Alger, zone de leur première installation, qui en accueille le plus grand nombre avec Hussein-Dey et surtout Fort de l'Eau comme pépinières. D'ailleurs, pour tout pied-Noir, Fort de l'Eau et Mahonnais sont étroitement imbriqués au point que ça en devient une redondance.
     Les Mahonnais font généralement d'excellents colons. C'est une des populations les plus actives et les plus utiles d'Algérie : ce sont les Mahonnais qui ont cultivé presque tous les terrains du massif d'Alger et ils approvisionnent pour ainsi dire à eux seuls de légumes et de fruits les marchés de la ville.
     Les Mahonnais paraissent vouloir vivre une vie spécifiquement "mahonnaise". La conception de l'habitat - le Mahonnais construit de suite une maisonnette propre et naturellement passée au lait de chaux -, les coutumes, les marques de la vie sociale, l'endogamie, le code moral dont ils s'entourent. La conception familiale et l'attachement à la terre étaient des éléments correspondant exactement à l'attente du gouvernement français pour l'Algérie.
     Ce que la politique coloniale n'avait pas réussi à faire à cette époque avec les Français, elle le réussira avec les mahonnais. Sobres, travailleurs efficaces et économes, habiles en agriculture, ne se mêlant pas de politique générale, dédaignant assistance et bienfaisance, ayant la réputation, sinon d'être avares, du moins près de leurs modestes biens.
     Les Mahonnais furent considérés comme des artisans de la colonisation reconnus de tous.

extraits de Jean-Jacques Jordi et Guy Tuduri