Algérie, terre promise - Les Ecoles d'Hussein-Dey -

L'Ecole Victor Hugo, mon école...

Née à l'Île d'Ouessant en 1890, rien ne laissait supposer que la jeune Marie CAUDAN allait venir vivre en Algérie. Ce fut pourtant son destin.

Après avoir passé son enfance dans sa famille en Bretagne, la jeune fille eut la vocation de l'enseignement. 
Son premier poste fut Bordj-Menaïel où elle demeura quelques années, puis elle fut nommée à Hussein-Dey, école Victor Hugo, où elle assuma la classe du certificat d'études. Elle s'assura l'appui du Maire, M. Achille LUCCIONI à l'époque, ce qui lui permit d'entreprendre la création d'une école plus élargie. Ce fut d'abord le cours supérieur où elle enseignait le Français, l'Histoire et la Géographie. Ses talents d'éducatrice furent reconnus et appréciés de tous.

M. LUCCIONI, donc, l'encouragea à former le cours complémentaire et ainsi à créer des classes nouvelles à Hussein-Dey. Une salle "d'expérience" fut même mise à sa disposition pour les cours de chimie.
L'immense cours de récréation fut ornée et ombragée de beaux arbres. Ah ! Ces beaux acacias!... Les beaux tapis de fleurs jaunes qu'ils étalaient en automne après avoir fleuri et embaumé toute la cour depuis le printemps !

Aux environs de 1925, Mademoiselle CAUDAN, devenue directrice de l'école, épousa le commissaire de police Martial SOUBRANE .

La fête des écoles obtenait, en fin d'année scolaire, un immense succès : toutes les classes y participaient, (même celles des garçons de Jules Ferry) pour le plus grand plaisir des parents.

En novembre 1960, j'apprenais le décès de M. SOUBRANE à EL BIAR. Nous partagions la douleur de notre ancien professeur et, quelques amis et moi-même, lui envoyâmes nos condoléances. Dans sa lettre de remerciement, il y avait une phrase affectueuse pour chacune de nous : " Mireille au visage intelligent et futé, Margueritte aux yeux si doux, la sage et sérieuse Réjane, Gracieuse la sensible, et Paulette, aux boucles blondes, au rire spontané, à l'esprit de justice si développé... ". Nous étions " ses filles ", comme nous aurions été celles de Soeur Augustine.
Après avoir quitté notre pays en 1962, nous nous sommes installés, sans le savoir, Mme SOUBRANE et moi, au chaud soleil de Nice.
Un jour me parvint, à la mairie, une lettre de mon ancien professeur. Elle me demandait, en particulier, si le cimetière d'Hussein-Dey était toujours en bon état. Comme je venais de m'y rendre justement (c'étais en 1968), je pus lui répondre par l'affirmative. J'avais pu fleurir la tombe de sa soeur et constater que tout était bien entretenu par Abdallah, le préposé à la garde du cimetière.
  Alors que je préparais une réunion de ses anciennes élèves, j'appris le décès de notre cher professeur, le 1er octobre 1970. Elle avait 80 ans. Je conserve le regret de n'avoir pu réunir mes compagnes pour une dernière entrevue, qui aurait procuré tellement de joie à notre chère et inoubliable Madame SOUBRANE ... comme à nous même.

Paulette SANTINI

Merci à Paulette SANTINI, pour ce récit plein de fraîcheur et de spontanéité, qui retrace avec émotion la vie de l'école Victor Hugo des années trente. Les temps ont bien changé (dommage!) mais le souvenir reste et certaines personnes en apprécieront encore, avec nostalgie, toute la délicatesse.