Algérie, terre promise - Les Ecoles d'Hussein-Dey -

Jules Ferry 1955 Cours d'Histoire Géographie Mr Douillet et sa classe de cinquième

C'était encore en 1955, année fertile en émotions. Nous étions en cours de Géographie, matière enseignée par Mr Douillet. Il commençait toujours son cours par la vérification de la compréhension de la leçon précédente et pour cela, il demandait à un volontaire de lui faire un résumé de la leçon précédente.

Une certaine complicité s'était établie entre nous et il y avait toujours 2 ou 3 élèves prêts à passer au tableau pour récolter entre 16 et 18/20, ensuite il était tranquille pour le trimestre entier. Que se passa-t-il ce jour là ?

Mr Douillet demanda un volontaire et il n'y eut pas de réponse !!!
Notre professeur entra dans une colère folle et nous proposa royalement de recopier la leçon 10 fois de la page 138 à 151.
Quoi ! Il y en avait pour un cahier de 100 pages, Oh l'horreur !!!

Du fond de la classe émergeait alors une voix ferme. Il s'agissait de l'ami Soler, un jeune plein de caractère, major de promotion, qui s'écria avec le plus grand calme toutefois : 
- «Je ne suis pas d'accord. Vous n'avez qu'à interroger 5 élèves, moi si vous le désirez. Vous les gratifiez de 5 zéros et l'affaire est entendue, si vous le désirez je peux faire partie de ces cinq là» .

Monsieur Douillet ne s'attendait pas à une telle repartie et il lui répondit : 
- «Toi Soler si tu n'es pas content tu prends tes affaires et tu t'en vas !!!»

Soler ne se le fit pas dire deux fois, Il plia hâtivement ses affaires et s'apprêtât à partir en balançant son cartable en bandoulière (comme cela était à la mode à l'époque). Le Maître des lieux en fut surpris et alors que Soler se levait pour partir, il s'écria vivement : 
- « Soler reste à ta place !!!»

Soler fit mine de ne pas entendre et s'avança du fond de la classe vers la sortie, mais il y avait 8 à 10 mètres à effectuer. Alors là notre bon Monsieur Douillet n'en tenant plus, vint à l'encontre de notre ami Soler, l'empoigna au cou et le repoussa jusqu'au fond de la classe et alla même coincer la tête de notre pauvre Soler entre deux portes manteaux tout en en proférant de vives menaces !!!  

Pour ceux qui ont connu Douillet vous voyez la chose, pour ceux qui ne l'ont pas connu imaginez un carré très petit et très large d'épaules, cela contrastait avec Soler qui était déjà costaud et devait être 10 cm plus grand.

Notre ami Soler, la tête entre les portes manteaux s'écria en s'égosillant : 
- « Monsieur ne m'obligez pas de vous frapper !!! »

Douillet s'adressant aux autres élèves si courageux et si vaillants qu'ils s'étaient tous réfugiés vers l'estrade pour fuir le début de rixe :
- « Prenez note et veuillez enregistrer ces propos » s'écriait–il !!!

Les agressions verbales émanant de nos deux combattants ne s'arrêtèrent pas là, il est faux de dire que tous avaient fui, en fait Delattre, que tout le monde connaît certainement bien, s'en alla du devant de la salle en marchant de table en table, afin de séparer les deux belligérants.
Mr Douillet voyant arriver notre Delattre et pensant certainement qu'il venait prêter main forte à l'ami Soler, s'en retourna et s'en prit à lui. Pauvre Delattre, les actes de bravoure ne sont pas toujours récompensés et il le comprit dans sa chair tant les coups de notre Professeur s'abattirent sur lui !!!

L'affaire finit toutefois par se calmer, Soler s'éclipsa comme il en avait affirmé l'intention, Mr Douillet également, certainement pour relater les faits au Directeur, Monsieur Caillon. Dans la classe après tant d'émotions ce fut l'hilarité générale !!! Ah les courageux, Soler, le major de la classe ne fut pas mis à la porte, Oh ! il fut tout le long de sa scolarité dans le collimateur du corps enseignant, il ne termina pas sa scolarité à Jules Ferry malgré les brillants résultats scolaires (hors conduite) qui le caractérisait. Je fus d'ailleurs renvoyé du CC Jules Ferry avec lui, quelque temps après.

En troisième alors que les évènements de mai 58 faisaient partie de notre lot quotidien, Soler s'en prit au fils d'un professeur et il fut renvoyé définitivement du Cours Complémentaire. 

Je vous relate les faits tels que je les ai vécus, je sais oh ! Combien le métier d'enseignant était et demeure difficile et malgré l'apparence de mes propos, je demande pardon à tous ces enseignants, et donc à Mr Douillet, qui avaient la difficile tâche de nous enseigner quelque chose. 

Voilà une anecdote que je voulais vous faire partager au sujet de notre vie à Hussein-Dey.

Henri Thoa