Algérie, terre promise - Les Bars d'Hussein-Dey -

Le Boxing Bar

Je me souviens d'un soir 1955….il était 18h et des poussières. Je sortais de l'étude à Jules Ferry et je rentrais chez moi direction Trottier. J'étais accompagné d'un collègue de classe dénommé Bonillo, qui si mes souvenirs sont exacts habitait le quartier Navarre… et nous rentrions par la rue de Constantine…

Comme nous avions l'habitude de faire, nous faisions une virée souvent discrète dans les bars pour y faucher quelques coupelles de kémia, que les cafetiers du coin réservaient à leurs clients car l'heure de l'apéritif avait sonné….

Nous étions donc au niveau du « Boxing Bar », en face de l'église, lorsque nous y sommes rentrés….

Nous pensions y être entrés « incognito », nous avons vidés quelques coupelles de cacahuètes, tramousses et autres…. et nous en sommes repartis… aussi délicatement que nous le pensions…

Nous avions à peine fait 50 mètres que Bonillo et moi, nous sommes trouvés le nez à terre… Le nez boueux car nous avions été projetés dans « ces tours d'arbres » en terre et il venait de pleuvoir les heures précédentes…. Que nous était-il donc arrivé !!! Aucun dégât corporel, tout allait bien et donc nous nous apprêtions à repartir, mais Oh ! Misère il nous manquait nos cartables !!! Ah ça c'était un coup du Boxing Bar, nous y sommes retournés en catimini ; là il y avait une Dame de caractère d'allure assez affirmée qui dans un premier temps nous laissa mijoter, Bonillo et moi, puis après de nombreuses tentatives de notre part, daigna nous distiller quelques mots…

D'après ce que j'en sus plus tard cette dame qui semblait être la femme du patron, une maîtresse femme, avait été ceinture noire deuxième dan et croyez moi, elle avait de la poigne….

Donc le dialogue s'établit un peu et, à nos requêtes du genre :« On ne le fera plus… On a tout remis dans les coupelles... Nous vous présentons toutes nos excuses…. »

Elle hochait systématiquement la tête dans un plan horizontal pour nous dire « NON »

C'est qu'il commençait à se faire tard et nos mères devaient nous attendre… et nous n'avions pas de portable !!! Nous avons imploré la Madone et tous les Saints mais rien n'y faisait «  Madame rendez nous nos cartables… promis juré, nous ne le referons plus… »

Le dialogue de sourds dura ainsi jusqu'à 20h00, heure à laquelle la dame daigna nous rendre nos cartables, non sans nous avoir fait la leçon auparavant…

Nous avons filé doux… doux… c'est une manière de parler, car en fait, il nous a fallu courir pour rejoindre la maison… Là, ma mère en rajouta un peu plus, pensez-donc il était 20h15 passés.

Je passe régulièrement devant le Boxing Bar, en face de la Mosquée, Je dois même en avoir quelque photos, le bar est toujours là, Oh certes il a changé quelque peu, mais chaque fois que je le revois, cela me rappelle cet épisode de ma vie.

Henri Thoa