Algérie, terre promise - Les Commerces -

Chez Dolorès,  épicière au Quartier Trottier

Tous les habitants du quartier Trottier connaissaient l'épicerie de Dolorès

C'était L‘épicerie qui se situait en face de l'école Trottier coté nord, de l'autre coté de la rue Parnet à l'angle de la rue Vercingétorix et la rue… (Appelons la rue de la Teinturerie Brotons car je ne me souviens plus de son nom exact de l'époque).

L'épicerie était fort bien achalandée et je m'y rendais souvent pour y faire les quelques achats que ma mère me demandait de faire.

Comme il y avait beaucoup de monde j'avais tout loisir de m'appesantir sur tous les merveilleux produits que proposait Dolorès et surtout ceux auxquels je n'avais jamais touché.

Il est vrai en plus qu'elle avait des produits de qualité, et bien des fruits que je n'avais pas l'habitude de manger étaient pour moi un émerveillement. Oh il y en avait de bonnes choses dans le magasin. !!!

Pour nous, les fruits et légumes que nous mangions provenaient du marchand de fruits et légumes ambulant, lui aussi était l'objet de toutes nos attentions car il nous permettait toujours de goûter et nous ne le loupions jamais.

Chez Dolorès c'était tout de même différent, la clientèle était généralement plus aisée et il ne fallait pas toucher à tous ces produits de qualité sans passer à la caisse, mais quel émerveillement. !!!

Ma recherche s'arrêtait généralement aux fruits car ils étaient "généreusement" étalés à l'intérieur du magasin et semblaient provoquer le client.

En 1956 j'eus le loisir de contempler cela d'un peu plus près…

En effet il était de tradition dans la maison de travailler, voir de s'occuper pendant les vacances, Dolorès s'en allait prendre des vacances avec sa fille Rosette en France et  il lui fallait de l'aide. Je ne sais comment ma mère avait négocié cela avec Dolorès, toujours est-il que, lors de l'été 1956, je me suis retrouvé derrière le comptoir avec les hommes de la famille qui étaient restés. Je pouvais ainsi admirer d'un peu plus près tous les bons produits proposés par la maison. Je ne chômais guère car en bons Pieds-Noirs, les hommes parlaient souvent dans la salle arrière alors que moi, j'étais toujours au four et au moulin.

Là, j'avais accès au réfrigérateur et à bien d'autres produits que je n'avais jamais goûtés non plus…

Parmi eux il y avait le Roquefort.

Oh ! Combien de fois l'avais-je humé, mais à près de quatorze ans je n'y avais jamais goûté tant la bourse de notre famille était maigre. Combien de fois en avais-je servi, ce Roquefort qui taquinait mes papilles avec une délicate agressivité qui me laissait rêveur….Je faisais déjà un fantasme sur le sujet. 

Alors, un jour qu'il n'y avait personne dans le magasin, j'accédais subtilement au réfrigérateur et coupais délicatement une tranche de ce précieux fromage que j'enfilais rapidement sous mes vêtements...

J'avais veillé à ce que personne n'entrât à ce moment et je me suis faufilé dans la remise toute proche et là, je me suis mis à déguster mon Roquefort. C'était la première fois je pris un immense plaisir.

A chaque fois que je retourne à Hussein-dey, je ne peux m'empêcher de passer devant cette épicerie et, bien que cela ait changé, il me semble ressentir l'odeur de ce délicieux fromage.

Henri Thoa